Pourquoi certains animaux mangent leurs propres petits ?
Pour l’espèce humaine, l’instinct parental est essentiel pour la survie de la progéniture. Cependant, dans la nature, il s'agit avant tout de rentabilité. Selon Aneesh Bose, écologiste comportemental à l’Université suédoise des sciences agricoles, le…
Pour l’espèce humaine, l’instinct parental est essentiel pour la survie de la progéniture. Cependant, dans la nature, il s'agit avant tout de rentabilité. Selon Aneesh Bose, écologiste comportemental à l’Université suédoise des sciences agricoles, le cannibalisme filial est très répandu et fait partie des stratégies de reproduction de nombreuses espèces.
Les 1 500 espèces recensées qui pratiquent le cannibalisme filial prennent également soin de leurs petits. Ce paradoxe peut heurter notre sensibilité humaine, car la parentalité est souvent associée à la protection. Dans la nature, cette loi morale n’a pas de raison d’exister, comme le souligne la théorie évolutionniste de Charles Darwin. Un animal peut protéger ses œufs pendant des jours pour les consommer ensuite, un comportement que la sélection naturelle n’a pas corrigé.
Le cannibalisme sélectif : un contrôle qualité et un recyclage
Dans le monde animal, la vie est un investissement. Pour les espèces à reproduction rapide, comme les insectes ou les poissons, la survie d’un individu est secondaire par rapport au succès de la lignée. Le cannibalisme sélectif est ainsi une stratégie pour assurer ce succès. Sacrifier une partie de la portée peut permettre de sauver le reste.
Par exemple, chez le nécrophore, lorsque la nourriture manque, ces insectes consomment une partie de leurs petits pour que les autres puissent grandir en bonne santé, garantissant ainsi des ressources alimentaires suffisantes.
Chez les animaux de compagnie comme les chiens ou les chats, une mère peut consommer un petit mort-né ou trop faible pour survivre. Biologiquement, cela peut être vu comme un recyclage d’énergie, permettant à la mère de mieux s’occuper du reste de la portée.
Pour l’espèce humaine, l’instinct parental est essentiel pour la survie de la progéniture.
Les grands animaux, comme les baleines ou les éléphants, ne mangent pas leurs petits en raison de cycles gestatifs longs et d’un investissement considérable pour chaque naissance. Cela ne présente aucun bénéfice adaptatif.
Le « reset » total : quand l’animal fait table rase
Certaines espèces ne pratiquent pas le cannibalisme sélectif et consomment tous leurs descendants. Ce comportement est observé chez les petits mammifères comme les rongeurs. Si une portée est jugée insuffisante par rapport à l’énergie dépensée pour l’allaitement, la femelle peut choisir de consommer sa progéniture pour récupérer des calories et réinitialiser son cycle de reproduction.
Le stress environnemental peut également influencer ce comportement. Chez les rongeurs, si l’habitat devient dangereux, la mère consomme ses petits pour éviter qu’ils ne soient capturés par des prédateurs, lui permettant de survivre pour se reproduire à nouveau dans des conditions plus favorables.
Parfois, le cannibalisme résulte d’un conflit d’intérêts entre les parents, notamment chez certains poissons comme le crapet arlequin. Une étude de 2003 a démontré que les pères peuvent détecter chimiquement si les bébés sont les leurs. Si une odeur étrangère est détectée, le père élimine les intrus.
Cette situation va à l’encontre de la volonté de la mère, génétiquement liée à tous les petits. Chez d’autres espèces de poissons, la femelle doit être vigilante pour empêcher le mâle de consommer les petits.
Le cannibalisme filial, observé chez 1 500 espèces, est une stratégie de survie où la protection des jeunes n'est pas toujours prioritaire. Chez des animaux comme les rongeurs, la consommation de la portée permet un « reset » pour une nouvelle reproduction. Les conflits entre parents, comme chez certains poissons, peuvent mener à la consommation des petits, défiant nos normes morales humaines.
D’après Presse-citron.
